6. La mort du comte


La guerre s'éternisait, le comte Zeppelin devint triste et solitaire, même si son intuition sur la guerre aérienne s'était révélée exacte, les résultats étaient loin des espérances escomptés. 
Se reposer au coté des siens, dans sa famille à Gilsberg..., hors de question, pour cette inventeur génial et cet industriel accompli. Ne rien faire c'est la petite mort, ainsi on le voit la plupart du temps à Friedrichshafen, à l'hôtel Kugarten (qu'il a fait construire), et dans les nombreux ateliers voisins de la compagnie Zeppelin.

Mais la compagnie, sa compagnie qu'il a érigée avec tant de mal, n'était plus soumise à ses ordres. S’il ne perd pas une occasion pour revoir ses anciens collaborateurs et voler à abord des nouveaux dirigeables, dont il n’est pas le concepteur. On le retrouve ainsi en Août 1916, lors du convoyage pour livrer le L 30 à la Marine comme passage de première classe, et ô combien respecté.

- Le comte à bord du L30 (Août 1916) -


Prendre sa retraite définitivement lui était simplement impossible, son besoin de servir le dévorait. Il ne pensait qu'à ça jour et nuit. Il semblait incapable de rester tranquille, et de se reposer sur ses lauriers, ou de jouer avec ses petits-enfants.
Dés 1914, il avait commencé par frapper à toutes les portes des cercles décisionnels, a arpenter les état majors. Vieux, cela ne faisait aucun doute. A plus de 75 ans, ce fringant hussard n'était plus capable de repartir en guerre, et tous lui avait poliment refermé la porte du service actif. Toutefois, l'étincelle de génie qui l'habitait était toujours là : bien qu'il ait inventé le dirigeable rigide, Zeppelin avait prévu l'importance militaire et le potentielle du "plus lourd que l'air " fabriqué en duralumin.

- Bombardier VGO III 10/15 -

Et peu après la déclaration de la guerre, il créa une compagnie destinée à la construction d'un bombardier capable d'emporter 1000 Kg de bombes ... et il y réussit ! 
En homme avisé et en véritable industriel, il lance dès début 1914 la construction de bombardier en s'entourant une fois de plus d'ingénieur et de dirigeant compétant. Avec cette équipe il renoue avec le succès, en sortant la série des VGO et Friedrichshafen. Puis plus tard des les usines Zeppelin, on réalisera des bombardiers géant quadrimoteur Staaken, capable de transporter une bombe de 1000Kg.

 


Véritable Léviathan du ciel, le Zeppelin Staaken R.IV emporte la guerre sur le sol britannique dès septembre 1917.Capable d'emporter jusqu'a 2000 Kg. Mais pour les missions sur l'Angleterre, la charge offensive était limité a 1000 Kg, augmentant ainsi autonomie.

En dépit de son âge (il eut 78 ans, en juillet 1916), le comte était en parfaite santé. Ernst Lehmann qui lui rendit visite dans ses appartement du Kugarten au printemps 1916 le retrouva plein d'énergie et toujours aussi charmant. Mais fin février 1917, alors qu'il se trouvait à Berlin pour une démonstration aéronautique, le comte tomba brusquement malade et connu de sérieux ennuis intestinaux. A la suite de l'opération, il contracta une pneumonie et mourut le 8 mars 1917. 

mort du comte von Zeppelin

Funérailles du comte Ferdinand von Zeppelin  à  Stuttgart (capitale du Wurtemberg). Deux zeppelins drapés de noir survolèrent la cérémonie et lancèrent des fleurs au moment solennel de la lente descente du cercueil.

 

La nation allemande tout entière pleurait la disparition du comte von Zeppelin, et avec elle peut être aussi la fins de leurs  illusions. La guerre prenait une mauvaise tournure; cela était évident au quartier général des dirigeables de la marine à Nordholz. La supériorité aérienne conquise par les Britanniques plaçait le commandant en chef des dirigeables devant une alternative. Peter Strasser devait choisir entre vitesse et le renforcement de l'armement ou l'altitude et l'impunité; toutes deux présentaient des risques importants : Même le dirigeable le plus rapide représentait une cible énorme pour des chasseurs beaucoup plus maniable. Monter en altitude, au delà de ce que pouvait faire un avion, représentait l'intrusion dans un domaine encore inconnu qu’est le vol à haute altitude. Strasser fit son choix. Ce sera l'altitude.

 

 
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