5. Nuits enflammées.



squ 50 HD

Comme l'annonce l'insigne porté par les chasseurs du squadron 50 de la Home Defence, la chasse est lancée, tous les moyens sont mis à contribution pour éliminer les zeppelins : augmentation des guetteurs, des postes de D.C.A., et surtout du nombre de chasseurs. Pour des raisons politiques plus que militaire, c’est l’Armée et le RFC qui reprend des mains de la Royal Navy la défense de l’Angleterre. Churchill violement attaqué et critiqué en 1915 lors de l'apparition des premiers dirigeables dans le ciel anglais, est également discrédité à la suite de l'échec des opérations en Gallipoli .Si les unités de la RNAS avait fait de véritables prouesse en travaillant depuis le Dunkerque (cf voir la destruction du LZ37), Le RFC réorganise les défenses autour de Londres en y positionnant plusieurs escadrille, comme le squadron 39 sur l'aérodrome de Hounslow Heath en avril 1916. En octobre 1916 la Home Defence disposera de 11 escadrilles du sud au nord de L'Angleterre (jusqu'en Ecosse). De leur coté, en ce début d'année 1916, les zeppelins jouissent encore de tout le soutient du bureau central de la Marine. Le vice-amiral Reinhard Sheer, nouveau commandant des flottes de haute mer joue à fond la carte de l'offensive. Pour lui l'Angleterre ne doit avoir aucun répit, sur mer comme dans les airs. Tous les moyens sont bons pour la mettre le Royaume-Uni à genoux. Fort de cet appui Strasser intensifie les bombardements sur Londres et le Royaume-Uni. (Pourtant il n’a pas totalement les mains libres, puisqu’en parallèle de cette campagne de bombardement, les dirigeables de la Marine doivent continuer leur mission de reconnaissance en mer du Nord). Avec des conditions météorologiques on ne peut plus favorables, Strasser espère frapper fort et renouveler les exploits de la dernière campagne. Tout comme l'espère Heinrich Mathy, véritable champion de ces raids de printemps et désigné par les anglais comme étant "l'as des commandants de dirigeables". Mais très vite Mathy et ses hommes déchantent, pour eux le doute n'est plus permis : le temps des victoires est derrière eux. 

équipage du L31

Le L31 et son équipage.
Heinrich Mathy se trouve au fond a droite.

Les vols au dessus de l'Angleterre ne seront en aucune façon des promenades de santé. L'amélioration des défenses anglaises par rapport à 1915 est surprenante. Un black-out quasi total a été instauré complique une navigation déjà hasardeuse. Les projecteurs de recherche sont plus nombreux et la D.C.A. accrue et beaucoup plus précise. Mais le plus inquiétant c’est la présence d’avions de chasse. Plus nombreux, et surtout plus performants. Rapides et maniables, ils se glissent dans les angles morts des mitrailleurs, et ne laisse aucune chance aux zeppelins d'en réchapper. Le feu, l'incendie. Comme du loup, les aérostiers le craignent. Brûler vifs devient vite leur pire cauchemar. Mais ils se taisent, n'en parlent pas. Ces hommes pour la plupart superstitieux emportent des porte-bonheur, des cartes de jeux avec l'effigie de la mort. D'autres plus terre-à-terre préfèrent emporter un pistolet au cas où.

Cette campagne de printemps porteuse d'un grand espoir se finit par un match nul. Les britanniques n'ont pas encore totalement rodé leurs système de défense, et leur avions décollent en général trop tard pour intercepter les géants des airs. Mais ils laissent peu de chance au zeppelin qui se laisse approcher de trop prés. Pour les Allemands, c'est aussi la déception. L'Angleterre et surtout les londoniens gardent  le moral. Les dégâts sont insignifiants par rapport à l'an passé.

Londres n'est pas la seule capitale bombardée par les dirigeables allemands. Paris en est également victime. Mais après seulement trois raids, L'Armée cesse les bombardements, les jugeant peu concluant. Il est maintenant évident que l'Armée commence à se détourné des dirigeables comme bombardier. L'arriver et la mise en service d'avion de bombardement bimoteur semble d'une part plus économique, et plus prometteur, même si les débuts sont difficile, et manque encore d’autonomie. Cette remise en question de l’armée ne touche pas la marine. Si elle possède déjà ses propres avions et hydravions, et même des chasseurs, l’avion manque encore d’autonomie pour effectuer de grandes reconnaissances ou des vols de longues durées. (Le vol stationnaire et également très apprécié). Dans son rôle offensif Strasser est persuadé que les zeppelins ont encore un rôle à jouer. Il y croit dur comme fer. Devant le choix que prend l'Armée, lui ne fléchit pas, et prépare la prochaine offensive.

zeppelin L31
Zeppelin L31 l'un des premiers "Super Zeppelin" en service au sein de la marine.

A la reprise des raids à la mi-août, il n'y avait non seulement plus d'avions de chasse capable de monter rapidement pour attaquer les zeppelins en altitude, mais aussi des munitions plus efficaces, les balles incendiaires.
Au début de la guerre, les anglais croyaient que les ballonnets d'hydrogène étaient protégés par une autre enveloppe remplie d'azote (gaz inerte). Leurs attaques consistaient alors à survoler le dirigeable et à lâcher des bombes sur la carène. Tactique qui pourrait faire sourire, mais en ses début de l'aviation la mitrailleuse n'était pas encore embarquée à bord de tout les avions. Il faudra attendre fin 1915 pour les voir apparaître de véritable avion de chasseur armé de mitrailleuse. Si dans un premiers temps celle-ci était alimenté par des balles perforantes, qui comme les obus d'artillerie ne faisaient que perforer la carène et les ballonnets sans y mettre le feu, l'arrivé des balle incendiaires changea radicalement la donne. Quelque balles étaient suffisantes pour enflammait les baudruches gonflé d’hydrogène, dès lors les zeppelins commencèrent alors à tomber comme des mouches.

La machine est rodée

Le tournant de cette guerre aérienne intervient le 2 septembre 1916, lors de l'attaque sur Londres par 16 dirigeables de la marine et de l'armée. Toutes les restrictions de bombardement sur la City et Buckingham Palace étaient maintenant levées et l'élite de la Marine comme de l'Armée allait, croyait Strasser, déclencher un ouragan de feu sur Londres. Ernest Lehmann à bord du LZ 98 qui venait de lui être attribué, se dirigeait vers la City avec les autres dirigeables qui participaient à ce raid. Alors qu'il approchait de l'objectif, en remontant le cours de la Tamise, il vit que la bataille était déjà engagée :
" La ville entière était couverte d'un voile lumineux, ponctué de papillotements d'explosions et des flashes provoqués par l’éclatement des projectiles" alors qu'il approchait, il se rendît compte que les projecteurs étaient plus puissants et l'artillerie plus présente que lors des raids du printemps.

Le spectacle était d'une étrange beauté, "nous pouvions voir de nombreuse explosions au sol, provoquées par les bombes des autres dirigeables; mais il n'était pas possible de les distinguer étant donné la brume, les explosions et les faisceaux lumineux des projecteurs. C'était comme se trouver suspendu au dessus d'une scène de théâtre violemment éclairée avec une salle dans l'obscurité", devait-il se souvenir. Cette nappe de brume lui donna la fausse impression de se trouver prés de l'objectif. Lehmann crut se trouver au dessus des docks de Londres, aussi largua t'il ses bombes, puis se glissa dans un banc de nuages pour échapper aux projecteurs. Croyant avoir accompli avec succès sa mission, Lehmann prit de l'altitude, grimpa jusqu'à 4000m et mit le cap sur la base.
 Pourtant, juste avant de se faufiler dans le banc nuageux, il avait été repéré par le Lt William Lee Robinson, aux commandes de son BE2c. Cet avion lent, totalement dépassé sur le front ouest, reconvertis au cours de l'année 1915 comme chasseur de nuit se révélera bientôt comme l'arme la plus efficace contre les zeppelins. Robinson essaya en vain pendant un quart d'heure, de retrouver le dirigeable perdu dans les nuages. Puis, dans le reflet des explosions, il repéra un autre, celui-ci ne lui échapperait pas !

Nous retrouvons ici Robinson au commande du BE2c (serial 2693) avec lequel il descendit le LS11. On peut voir le montage de la mitrailleuse conçu par le capitaine L.A Strange aussi appelé "Strange Mount" qui équipait la quasi totalité des BE2 en service.

Il rejoignit le géant sans avoir été repéré et ouvrit le feu sur le flanc du dirigeable tout en le remontant vers l'avant, vidant ainsi son barillet de balles incendiaires. " Mais le zeppelin, ne bronchait pas, aucune réponse, les mitrailleuses restèrent muette, et continua sa route imperturbable" ... Robinson prit de l'altitude et lança une deuxième attaque sans aucun résultat apparent. " Ce zeppelin aurait pu être le hollandais volant, personne ne donnait signe de vie à bord ...". Pour la troisième passe, Robinson changea radicalement de technique, et se plaça derrière et juste en dessous de l'empennage cruciforme et vida son barillet sur un seul endroit de la carène. Tout à coup, une lueur rose se mit à briller et se répandit rapidement vers l'avant, la carène était illuminée, "telle une lanterne chinoise géante", puis la section arrière s'enflamma d'un seul coup et la "baleine volante" entreprit un lent et mortel plongeon vers le sol. Le dirigeable embrasé éclaira la campagne environnante à 100 km à la ronde.

Ernst Lehmann se trouvait au poste de navigation, lorsqu'un appel de la passerelle lui dit de regarder vers Londres : il vit " une énorme boule de feu " à peut-être 60 km derrière lui. " Cette masse incandescente resta dans le ciel pendant plus d'une minute, nous pouvions voir des morceaux se détacher et tomber plus rapidement que le reste ... Pauvres gars, il ne leur restait aucune chance quand le feu s'est déclaré." En effet, afin de gagner quelques kilos de charge utile, les dirigeables n'emportaient aucun parachute.

La perte du SL11, un Schütte-Lanz, conforta l'Armée à abandonner les dirigeables comme bombardier  au profit du plus lourd que l'air. Le manque d’équipage, le coût, le temps de formation, et le besoin en alliage comme l’aluminium  fit le reste.

Strasser refusa d'admettre que ses dirigeables sont condamnés. 

En Septembre, Strasser lance de nouveaux raids sur l'Angleterre. Le résultat est désastreux, les pertes sont terribles, le moral commence à baisser fortement. Les équipages doutent et deviennent fatalistes.

Même Heinrich Mathy avait perdu la foi : " nous rejoindrons les autres, ce n'est qu'une question de temps, écrivait il. Chacun le sait, nos nerfs sont brisés .... Si quelqu'un me dit qu'il n'est pas hanté par la vision de dirigeable en flammes, c'est un fanfaron."...et là dessus il ne s'était pas trompé. Autant suivre la bonne route dans les ténèbres était difficile au dessus du Royaume-Uni, autant lire dans l'avenir peut paraître  facile. 

Heinrich Mathy, lui-même a perdu la foi : " nous rejoindrons les autres, ce n'est qu'une question de temps, écrivait il. Chacun le sait, nos nerfs sont brisés .... Si quelqu'un me dit qu'il n'est pas hanté par la vision de dirigeable en flammes, c'est un fanfaron."...et là dessus il ne s'était pas trompé. Autant suivre la bonne route dans les ténèbres était difficile au dessus du Royaume-Uni, autant lire dans l'avenir peut paraître facile. Ses paroles étaient prophétique  puisqu'il disparaîtra avec sont équipage moins d’un mois plus tard. Le 2 octobre 1916, le L31 prend feu. Pour éviter de mourir carboniser, Mathy se jette volontairement de la nacelle de commandement pour venir s'écraser au sol. [ L.31, descendu en flamme par le R.A.F. BE2c 4577 du Lt. W.J. Tempest du 39 Home Defense Squadron (Flight B). Potters Bar ]. La mort de Mathy, fut un choc terrible choc pour tous les aérostiers. La disparition du plus talentueux semblait donner peu espoir aux autres d’en sortir eux même vivant.

 

traces laisser sur le sol

Le développement de la défense anti aérienne britannique sera finalement mortel aux dirigeables allemands. Les pertes sont sévères. Les super Zeppelin, bien que plus performant que les série P et Q, ne réussirent pas à passer au dessus des barrages de DCA ni a affronter l'aviation. Si l'apparition de la mitrailleuse synchronisé à révolutionné le combat aérien, au dessus de l'Angleterre, des avions armés de mitrailleuses sur affuts armées de balle incendiaire font régner la terreur parmi les équipages de dirigeables gonflés à l'hydrogène.
Les pertes pour l'année 1916 sont sans appel : la majorité des pertes est du à l'aviation, l'autre à la DCA. C’est l'exact opposé à l'année précédente. Ni l'Armée ni la Marine n'avaient envisagés un tel scenario. Loin de déposer les armes, les raids sur l'Angleterre s’intensifient entrainant toujours plus de pertes. La marine pour l'année 1916 n’exécutera pas moins de 187 sorties (111 atteindront l'Angleterre). (4 fois plus que l'année précédente) pour la perte de 16 dirigeables (toutes causes confondus) Mais les résultats sont inférieurs à l’année précédente. Les dégâts sont estimés à 594 523 £ (contre 815 866 £).
Pourquoi un tel désastre ? Théoriquement les dirigeables avec un plafond supérieur aurait du éviter la chasse britannique. En réalité cela n'est pas tout à fait exact. Suivant les conditions atmosphériques et météorologiques, les dirigeables pour profiter des vents, (ou les éviter) doivent ainsi descendre(ou monté, sans jamais dépasser l’altitude de pression qui libère l’hydrogène), et se reprouvent ainsi à porter de la DCA et des avions britanniques. De plus tant que les bombes n’étaient pas larguer, le dirigeable pour monter doit larguer du lest. Se débarrasser trop tôt de sont lest peut obliger le dirigeable une fois les bombes larguer à de purger de l’hydrogène pour éviter de dépasser l'altitude de pression. Cela peut s’avérer fatal car au cours de son voyage, le dirigeable s’allège en consommant son propre carburant. On comprend alors pourquoi monté trop vite dès le début de la mission peut finalement compromettre le retour du dirigeable.
La couverture nuageuse pouvait aussi poser problème. Pour effectuer leur bombardement, les dirigeables devaient voir leurs cibles, et rester en dessous lors de la phase de bombardement si celle-ci était trop importante. Si celle ci était trop base elle pouvait exposer dangereusement le dirigeable.  Mais les nuages peuvent également être de précieux alliés. Une fois le dirigeable au dessus, il pouvait être à l’abri des faisceaux de projecteurs et les masquer aux yeux des pilotes britanniques. Certains dirigeables seront équipé de nacelle d'observation (spähkorb ou sub-cloud car) relié a un câble pour être descendu en dessous de la couche nuageuse sans exposer le dirigeable. Peu apprécié seuls quelques dirigeables de l’Armée les utilisèrent.

 

Nacelle d'observation (spähkorb ou sub-cloud car)
http://atomictoasters.com/2012/03/innovations-of-the-great-war-spahkorb/

En cas de mauvaise rencontre avec un chasseur, les dirigeables étaient capable d'effectuer une manœuvre d'urgence par une monté rapide en altitude par un largage de lest important. Cette manœuvre d'urgence sauva plus d'un équipage, en laissant  sur place le chasseur allié bien incapable de suivre une manœuvre aussi rapide. (cf zeppelin de serie R)

Enfin Zeppelin en produisant les super zeppelins n'avait pas pu imaginer, malgré toutes les qualités du dirigeable, l'évolution que prendrait le combat aérien. Produire un dirigeable plus lourd, et mieux armé, ne le protéger en aucune façon des balles incendiaires. Les ingénieures de Zeppelin, analysèrent rapidement cet échec, tentèrent dans l'urgence d'alléger leur zeppelin, et d'augmenter leur capacité d’hydrogène pour qu'ils puissent atteindre une altitude de sécurité hors de porté des chasseurs alliés.

Sources :

sur le L31 :
http://www.pbhistory.co.uk/war/zeppelin90.html
http://www.hellfirecorner.co.uk/pottersbar/pottersbar.htm

http://1914-1918.invisionzone.com/forums/index.php?showtopic=120893

Autres :
http://www.crossandcockade.com/Uploads/39HD2.pdf

http://www.richthofen.com/dark_autumn/

 
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