4. Objectif Londres.


Dans la matinée du 19 janvier 1915, trois zeppelins de la marine se dirigeaient vers la côte anglaise. A bord du L6, où se trouve Peter Strasse, l’arbre de transmission du moteur bâbord se rompt. Ce n’est pas la première fois que le chef des dirigeables porte ainsi la poisse aux siens, et ce ne sera pas la dernière. Strasser, bien que son poste ne l'oblige en aucune façon, tient à participer à un raid au moins une fois par mois. Il espérait ainsi montrer l'exemple et gagner le respect de ses hommes. Ces vols réguliers lui permettait d'observer au plus prés ses dirigeables et leurs équipages. Pourtant, à chaque fois, sa présence à bord semblait attirer les ennuis (problème technique ou météo), à tel point qu'il eu très vite une réputation de porteur de guigne (fait d'autant plus grave dans un milieu où les hommes étaient très superstitieux). Pendant que le L6 retournait à la base, le L3 et le L4 traversaient la Manche et approchaient des côtes anglaises dans l'obscurité pour effectuer le premier bombardement sur l'Angleterre de l'histoire (par des dirigeables), en bombardant Great Yarmouth. En ces débuts de la campagne contre l'Angleterre, Londres devait être épargné des bombes sur la discision de Guillaume II.

 

Le capitaine de frégate Peter Strasser
Le capitaine de frégate Strasser, chef redouté de la division d'aérostation de la marine allemande, n'hésitait pas à infliger des châtiments corporels. Cependant, il était respecté pour son souci du bien-être matériel de ses hommes, dont il partageait volontiers les épreuves.


Strasser avait établi des directives précises pour toutes les attaques sur l'Angleterre. Les dirigeables devaient quitter leurs bases de jour pour aborder les côtes anglaises à la tombée de la nuit. Les raids de nuit procuraient les meilleures possibilités de surprise et de camouflage. Afin d'optimiser les avantages des raids nocturnes, ceux-ci étaient généralement limités aux périodes de nuit noire (période allant de huit nuits avant et suivant la nouvelle lune). Ces périodes sans clair de lune devaient compliquer la tâche de la défense antiaérienne au moment de l’arrivée des zeppelins sur l'objectif.


Bombardement de Londres vu depuis la nacelle de commandement.

Zeppelin L16Mais l’obscurité rendait difficile la navigation. Ainsi, le 15 Avril 1915 dés trois zeppelins (L5, L6 et L7) participant au raid, aucun des commandants n'eut la moindre idée des parages au dessus desquels ils se trouvaient. L'un d'eux, il est vrai, devait localiser d'une manière fortuite et originale les lieux qu'il avait survolés. Le commandant du L 6, le lieutenant de vaisseau Buttlar Brandenfels, un jeune et fougueux baron de 26 ans, avait dirigé son zeppelin vers ce qui lui avait semblé être les lumières d'une agglomération. Après être entré dans le champ de projecteurs de la défense britannique et avoir été atteint par les tirs d'artillerie, qui criblèrent trois de ses cellules, le L6 se délesta de ses bombes et fit demi-tour. Le lendemain matin, Buttlar, de retour à sa base aux environs de Hambourg, fit un rapport par téléphone à ses supérieurs. Interrogé sur le nom de la ville qu'il avait été bombardée, il répondit en balbutiant que les avis était encore partagés quand au lieu exact, mais qu'il allait déterminer l'objectif avec précision dans son rapport officiel. Quelques heures plus tard, alors qu'il se délassait dans une brasserie se demandant comment tenir parole, il entendit un vendeur de journaux annonçant qu’un zeppelin avait bombardé l’Angleterre. Sans perdre une seconde il acheta un des journaux, le « Nouveau Courier de Rotterdam ». Le journal hollandais, dans son article, précisait que la ville de Maldon avait était bombardé à 1h15. Buttlar venait d’avoir sa réponse. Il s’empressa de téléphoner pour dicter les dernières informations manquantes à son rapport.
Deux semaines plus tard, le jeune baron devait recevoir cet avis de ses supérieurs le félicitant pour « la science et la maîtrise avec lesquelles la navigation et la reconnaissance de l’objectif avaient été conduite ». Si Buttlar n'est pas particulièrement reconnu comme étant le meilleur commandant de zeppelin (il commettra à plusieurs occasion des erreurs qui entraîneront des dommages à sont dirigeables (cf L6 dans une forêt de pins), on peut lui reconnaitre audace et une certaine roublardise.

Si la navigation était difficiles, la visé se faisait, n'ayons pas peur des mots, au jugé. Si les conditions pouvait être mauvaise, ou l'objectif masqué (encore fallait il le trouver). La visé se faisait de manière très rudimentaire. Parfois le viseur était constitué d’un clou sur une planche. Si les bombes n'étaient pas toute larguer à la main, il fallait souvent les armer et les préparer juste avant le largage. Le largage s'effectuer en coupant une simple corde avec un canif. Tout cela rendait le bombardement sans grande précision.

AAprès les premiers raids "brouillons" de janvier 1915, les vents hivernaux  violents de l'ouest interdirent toute nouvelle tentative d'approche des îles Britanniques. Ce n'est qu'au printemps, que les zeppelins reprirent leurs raids avec régularité.
Mais entre temps la politique avait changé, sous la pression d’hommes comme le contre-amiral Paul Behncke qui défendait ardemment la position offensive de la marine sur mer mais également dans les airs. Partisan de la guerre total, il contribuera avec d'autre à faire tomber les restrictions sur Londres. En février,  le kaiser Guillaume II autorisait les bombardements des docks de Londres. Le 5 mai, c’est autour de la partie Est de la ville à partir de la tour de Londres qui peut être visé. Le premier bombardement de la capitale britannique est exécuté peu de temps après, (dans la nuit du 31 mai par le LZ 38 du commandant Linnarz). Finalement le 20 juillet 1915 les dernières restrictions tombent, prés  Londres peu être bombarder sans restriction. Mais le kaiser qui n’est pas à une contradiction près,  demandera d’éviter le bombardement de Buckingham Palace et des cartiers résidentiels autours.   Au cours de l'année 1915, Londres sera bombardé qu’à cinq reprises. Mais du simple fait de l'imprécision des bombardements et de la navigation, il est évident que de tel restrictions auraient était violé de manière intentionnel ou non.

Nacelle Lz38

Nacelle moteur du LZ38 commandé par Linnarz, les mécaniciens s'affairent autour des moteurs (des Maybach  C-X de 210 ch.), tandis que le mitrailleur armé d'une parabellum scrute anxieusement le ciel.

Mais durant les mois de Juin à Août, les raids durent ralentir. Les nuits étaient trop courtes pour permettre aux dirigeables d'effectuer des bombardements en toute sécurité. En Septembre et en Octobre les raids reprirent pour stopper de nouveau avec l'arrivé de l'hiver et des vents contraires. Londres sera bombardé une pour la dernière fois de l'année lors du raid du 16 octobre 1915.

Le Bilan d'une année de bombardement.

 

Les dirigeables de la Marine pour l'année 1915 effectueront 47 sorties contre l'Angleterre, dont seulement 27 l'atteindront. (Chiffre que l'on peut comparer aux 297 sorties de reconnaissance au dessus de la mer du nord.) Pour la perte d'une dizaine de dirigeables.

D'un point de vue stratégique, le bilan de la première année de la guerre aérienne est médiocre : la majorité des victimes étaient des civils  (208 tués 432 blessés). Les dégâts matériels se montaient à 815 866 livres (dont les deux tiers étaient dû au raid solitaire d'Heinrich Mathy). Pourtant ces chiffres, s'ils sont décevants, seront finalement les meilleurs statistiques enregistrés au cours de la guerre. Pourtant ces chiffres, s'ils sont décevants,ils seront finalement les meilleurs statistiquement enregistrés au cours de la guerre.  On est loin de la destruction de l’économie et des infrastructures du pays.

Quant à abattre le morale de la population, l’échec est encore plus flagrant. Les bombardements aveugles de la population, ne firent que renforcer la volonté de combattre des britanniques comme le montre cette affiche de recrutement condamnant le massacre des civils par les zeppelins. Les raids galvanisèrent à tel point les anglais que certains aérostiers allemands eurent l'impression d'être devenues des "officiers recruteur de l'armée britannique"

affiche propagande zeppelin

Comme le raid spectaculaire de Mathy sur la City l'avait montré, les Anglais furent longs à s'équiper en moyens de défense adaptés à la nouvelle menace aérienne. Jusqu'à la fin de 1915, les adversaires les plus sérieux des zeppelins furent le mauvais temps (le L 10 de la Marine fut foudroyé et incendié lors d'un éclair), et les pannes techniques. Même si plusieurs d'entre eux avaient été détruits au sol par la RNAS (ce fut le cas du LZ38, une semaine après le premier bombardement de Londres en mai 1915), le LZ37 sera lui abattu par la chasse..(cf liste des pertes de dirigeables)

 

Fin d'un géant de l'air.

fin du zeppelin de l'Armée  LZ37
Juin 1915, Le LZ37, fut le premier dirigeable à être détruit lors d'un combat aérien. Attaqué par surprise et transformé instantanément en brasier par un monoplan Morane-Saulnier du sous lieutenant britannique Warneford.

 

Zeppelin : dans la course vers le gigantisme.

Au niveau technique, les zeppelins évoluèrent grandement, puisqu'on passa de dirigeable conçue avant guerre, (parfois des versions civiles reconvertis) à une nouvelle génération conçue pour le combat. En passant de la série m à la série p, on passe de dirigeables qui ont encore des nacelles ouvertes, des hélices à pales métalliques (avec un rendement faible), trois moteur et une charge offensive et un plafond limité, à des dirigeables de nouvelle génération avec des nacelles fermés, des hélices en bois (avec un bien meilleur rendement que les pales métalliques), quatre moteurs, une charge offensive une autonomie et un plafond plus important.

Pour la nouvelle campagne de 1916, zeppelin commence dès avril 1915, la conception d'un nouveau dirigeable : les Super Zeppelin. Plus grand, plus puissant et surtout plus fiable (avec ses six moteurs), ils devaient franchir et passer au dessus des barrages de DCA et repousser les chasseurs ennemis. Mais la conception se revelera être longue et cette série ne sortira pas des usines Zeppelin avant le printemps 1916. Pour palier à ce retard, Zeppelin modernise la série P en la rallongeant d'une section et en y adaptant de nouveau moteur donnant naissance à la série Q à la fin de l’année 1915.

La campagne contre l'Angleterre pour l'année 1916  semble se préparer  dans la plus grande confiance au sein de l'Armée et de la Marine allemandes. Si les résultats de l'année 1915 sont somme tout modestes, cette année peut être vu a juste titre comme une année de rodage. Avec l'arrivé des nouveaux dirigeables comme les "Super Zeppelins" , la puissance de frappe pour l'année 1916 devait être quadruplé par rapport à l'année précédente.

Sources :

http://londonist.com/2010/07/wwi_airship_attacks_on_london_mappe.php

http://movehimintothesun.wordpress.com/2011/01/19/dread-zeppelin/

http://www.military-history.org/articles/german-zeppelins-of-wwi.htm

 
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