2. Vers la guerre.


Qui aurait pu imaginer en ce 7 décembre 1913 que six mois plus tard, la première guerre mondiale allait se déchaîner ? Ce jour-là le petit dirigeable "Sachsen" de la DELAG descendait vers la base de la Marine de Fuhlsbüttel, situé près de  Hambourg. Ce n'était pas un vol de tourisme pour nantis mais une livraison qu'effectuait Hugo Eckener pour remplacer l’un des deux premiers dirigeables de la Marine détruit au cours de vols d'entraînement des jeunes équipages.

zeppelin Schwaben

Le SCHWABEN (Souabe)Eté 1911.
On peut noter la nacelle centrale fermée pour passagers, l'équipage n'a pas cette chance.
Les premières versions militaires étaient  dépourvues de cabine fermée, luxe qui n'apparaîtra que plus tard.

Peu après le déclenchement des hostilités, le directeur de la DELAG serra nommé chef instructeur de la division des dirigeables de la Marine. Bien qu'il eût de graves pressentiments au sujet du conflit (Eckener avait de sérieux doute dans la capacité de l'Allemagne à gagner cette guerre) il fit tout pour servir son pays.
Son premier élan fut de se porter volontaire en tant que commandant de dirigeable, mais le chef de la Marine lui dit qu'il avait mieux à faire que de risquer sa vie et son expérience au combat et que les rigueurs des long s vols en altitude n'étaient plus de son âge (quarante-quatre ans). Comme il avait déjà fait en temps de paix, Eckener pourrait jouer un rôle essentiel dans le développement des dirigeables militaires, à condition toutefois qu'il parvienne à s'entendre avec Peter Strasser, nouveau chef de la Division Navale des Dirigeables.

Zeppelin, Peter Strasser et Hugo Eckner
Le comte Von Zeppelin, Peter Strasser (à droite), et 
Hugo Eckener, en visite au quartier général de Nordholz.


Il n'y a plus de documents relatant la première entrevue entre ces deux hommes, mais Ernst Lehmann,  dans ses écrits d’après guerre,  relate : " ils formèrent une équipe solide et durable.  Eckener pour son expérience opérationnelle et Strasser pour son énergie militaire , qui en s'associant, devint experte ". Lehmann ayant été un des premiers commandants de la DELAG, et devait son savoir à Eckener, " j'ai été son élève, il m'a tout appris en tant que pilote et administrateur " disait-il. Eckener retransmit ce savoir à Strasser .

équipage de la marine
Lehmann, au premier rang; troisième à partir de la droite, pose en compagnie de l'un ses équipages.
A sa gauche, le baron Max von Gemmingen, (à moustaches), neveu du comte Zeppelin.


L'accord entre Eckener et Strasser fut immédiat et  sans l'ombre d'une rivalité. Strasser écoutait et suivait les conseils d'Eckener." Pour les dirigeables, le secret des missions réussies se trouve dans des prévisions météo précises ", lui dit un jour Eckener. Strasser prit aussitôt les mesures pour améliorer l'information et l'analyse des prévisions. Malheureusement, la plupart des orages et des perturbations venant de l'ouest et de l'Atlantique, il était souvent impossible de prévoir le temps qu'il ferait sur en Mer du Nord ou sur les îles britanniques.

Comme nombre de personnalités éminentes dans l'histoire des dirigeables, Strasser était un passionné. Ancien artilleur avant de rejoindre la Division Naval des Dirigeables, les dirigeables envahirent bientôt totalement sa vie de célibataire. Ils devinrent dans son esprit l'arme avec laquelle la guerre serait gagnée. Il avait des difficultés à percevoir les limites de cette technologie qui était encore au stade expérimental, ce qui lui faisait fréquemment sous-estimer les défenses britanniques.

Les hommes d'équipage de Strasser semblent l'avoir beaucoup apprécié. Il était parfois strict et intransigeant : " Dans une activité qui exigeait une stricte discipline, Strasser, en service, pouvait être un véritable martinet, tout acte de laisser-aller était immédiatement suivi d'une sérieuse réprimande. " Mais, entre les missions, il prenait soin du bien-être de ses hommes, désirant mieux les connaître ainsi que leurs familles. Presque jusqu'à la fin, lorsque sa passion tourna au fanatisme, le moral de ses troupes resta bon, en dépit des pertes et du danger.

Au début de la guerre, en août 1914, la Division Navale ne possédait qu'un seul et un unique dirigeable et d'une seule base, et doctrine opérationnelle, à part une de vague notion, établie par Strasser, reposait sur l'utilisation des dirigeables comme moyen de reconnaissance à long distance, et de patrouille côtière.

Le L3, avec une motorisation un peu plus musclé, ne présentait aucune amélioration technologique par rapport aux dirigeables de passagers antérieurs. Son plafond était faible, et ne lui permettait pas de rester hors de portée de l'artillerie navale. Par beau temps, le L 3 pouvait accomplir des missions de reconnaissance sur la Manche et en Mer du Nord. Mais en cas de mauvais temps, il devait se replier, soit en dehors de la zone de perturbation, soit directement rentré à sa base.
Ce problème restera insoluble, les dirigeables resteront tributaire, bien plus que l'avion, des conditions météorologiques. Notons que les grands affrontements durant la première guerre mondiale, se déroulement justement par mauvais temps, ou de nuit (JÜTLAND, et DOGGER BANK). Leur rôle lors de ses affrontements seront anecdotique voir nul.

Zeppelin survolant les croiseurs allemands au cours de manœuvres
Survolant les croiseurs allemands au cours de manœuvres pendant la première guerre mondiale, les zeppelins, comme celui-ci étaient censés agrandir le champ de vision de la Flotte de Haute Mer. Mais ces engins fragiles, gonflés à l'hydrogène, ne pouvaient opérer que par beau temps. Limitant considérablement leur rôle.

 
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